Emma, Gala et Vicente. Trois acteurs de la trentaine de forbans qui composent Miles de Viviendas, le collectif de réappropriation urbaine filmé à Barcelone par Christophe Coello. Ils venaient de découvrir la dernière version du film quand nous les avons rencontrés en présence du réalisateur. Toujours impliqués dans la défense de la Barceloneta, un quartier populaire assailli par les promoteurs, ils participent aussi aux assemblées qui fleurissent dans le sillage du mouvement du 15 Mai. L’occasion de revenir sur l’« expérience inoubliable » vécue par leur groupe, mais aussi de cheminer quelques instants sur les pistes nouvelles que leur pratique du squat a creusées autour d’eux. Précision : cet entretien a eu lieu grâce à une technologie commode, qui permet de se voir et de se parler à distance, mais pas d’aller planter ensemble un pied-de-biche dans la porte d’un logement voué à la spéculation.
À Barcelone comme à Londres ou Paris, les nouveaux conquistadors en costume trois-pièces remodèlent la cité à leur image. « Approche globale et durable de requalification urbaine », disent-ils. À l’assaut des urbanistes et des parfumeries de luxe s’ajoute la vaporisation d’un langage orwellien. Demandez le dictionnaire…
La belle aventure montrée dans Squat n’a que peu d’équivalents en France. Quel effet peut-elle produire sur des squatteurs parisiens ? Premiers éléments de réponse à la Miroiterie, un des squats les plus anciens de la capitale, où la projection du film a soulevé quelques questionnements inattendus.
L’autonomie, la flibuste et la débrouille, Lucio Urtubia connaît bien : à la fin des années 1970, ce fils de paysans espagnols exilé en France rendait chèvres les services de police en écoulant pour plusieurs millions de dollars des faux chèques de voyage Citibank qu’il avait lui-même confectionnés. Non pour s’enrichir, mais pour financer la lutte contre Franco et la cause anarchiste. Les fins limiers n’imaginaient pas une seconde qu’un modeste maçon aux mains calleuses pouvait être le prince des faux-monnayeurs.
Non, Barcelone n’est pas encore morte étouffée sous les dépliants touristiques. Grâce à la vitalité de ses mouvements d’occupation, qui percent les murs et la fatalité à coups de pied-de-biche, la ville continue de respirer. Une source d’oxygène pour tous les galériens des villes ?